Le nourrissement est un acte apicole important qui doit être raisonné, adapté :
- à la race de l’abeille
- à la saison
- à l’état de la colonie
- aux conditions climatiques
Il ne remplace jamais une bonne miellée, mais permet d’assurer la survie, le développement ou la reprise de la pontelorsque les ressources naturelles sont insuffisantes.
🐝 Le nourrissement selon la race d’abeille
Le comportement alimentaire varie selon les sous-espèces d’Apis mellifera :
- Abeille noire (Apis mellifera mellifera)
👉 démarrage printanier lent → stimulation parfois utile - Abeille italienne (Apis mellifera ligustica)
👉 forte consommation → besoins en provisions plus élevés - Abeille Buckfast
👉 consommation importante → vigilance sur les réserves - Abeille caucasienne (Apis mellifera caucasica)
👉 hivernage délicat, sensible à la nosémose → stimulation possible - Abeille carniolienne (Apis mellifera carnica)
👉 faible consommation, croissance printanière rapide
🍯 Le miel : aliment naturel de référence
Le miel est l’aliment naturel par excellence :
- 78 à 80 % de sucres
- fructose ~38 %
- glucose ~31 %
- ≤ 18 % d’eau (selon maturité)
Inconvénients du miel comme nourrissement
- risque de transmission de maladies (loques)
- pillage
- cristallisation
- fermentation (surtout s’il est dilué)
- coût élevé
👉 Son utilisation comme nourrissement doit rester prudente.
🍬 Le sucre (saccharose)
Le sucre (canne ou betterave) est composé presque exclusivement de saccharose, très attractif pour l’abeille.

Grâce à l’enzyme invertase, l’abeille transforme le saccharose en glucose et fructose, sans fatigue démontrée scientifiquement.

🧪 Le sirop de nourrissement
Deux formes principales
- Sirop → stimulation ou constitution de réserves
- Candi → nourrissement hivernal
Concentration des sirops (exemples)
| Sucre / Eau | Concentration | % sucre |
|---|---|---|
| 0,5 kg / 1 L | 0,5 / 1 | 33 % |
| 1 kg / 1 L | 1 / 1 | 50 % |
| 3 kg / 2 L | 3 / 2 | 60 % |
| 2 kg / 1 L | 2 / 1 | 67 % |
⚠️ Au-delà de 2/1, le sirop recristallise et n’est plus consommé.
Bonnes pratiques
- sirop tiède mieux accepté
- en dessous de 10 °C, le sirop n’est plus pris
- ajout de miel → attractivité accrue (attention au pillage)
🧴 Les sirops du commerce
Les sirops industriels présentent plusieurs avantages :
- prêts à l’emploi
- ne cristallisent pas
- forte teneur en fructose
- bonne stabilité microbiologique
- longue conservation
- parfois enrichis en protéines
Deux grandes catégories
- Sirops à base de saccharose (betterave / canne)
- Sirops issus d’amidon saccharifié (maïs, blé, pomme de terre)
- riches en maltose
- attention au HMF (hydroxyméthylfurfural)
- toxique pour l’abeille > 250 ppm
- coloration brune = signal d’alerte
⏱ Quand nourrir ?
Le nourrissement principal doit avoir lieu :
- de juillet à fin septembre
- le plus tôt possible
- de manière échelonnée
👉 Objectif : éviter que les abeilles d’hiver aient à transformer le sucre.
💡 Recommandation (Jos Guth) :
- 8–10 kg en juillet
- 6–8 kg mi-août
- 4 kg mi-septembre
❄️ Le nourrissement d’hiver (candi)
Le candi est un sirop très concentré cristallisé.
Avantages
- consommé même par temps froid
- pas stimulant
- pas de pillage
- bonne conservation
Utilisations
- secours hivernal
- cages à reines (candi à froid : ¾ sucre glace / ¼ miel)
🧠 En conclusion
Il n’existe pas de solution universelle.
Le choix dépend :
- du type de sirop
- de l’appétence
- du pillage
- de l’état de la colonie
- du climat et de l’exposition
- du traitement varroa
👉 L’objectif reste de se rapprocher au mieux des conditions naturelles, tout en tenant compte :
- du coût
- de la taille du cheptel
- de l’expérience de l’apiculteur
📚 Sources
- Le nourrissement — Michel Bocquet
- Le rucher de rapport — Alin Caillas
- Besoins alimentaires de la colonie — F. Jeanne, Bulletin Technique Apicole